Page:Malatesta - Entre paysans, 1912.djvu/15

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Pierre. — Ce n’est pas vrai: nous ne voulons rien voler du tout, nous; mais nous désirons que le peuple prenne la propriété des riches pour la mettre en commun au profit de tous.

En faisant cela, le peuple ne volera pas la fortune des autres, mais rentrera simplement dans la sienne.

Jacques. — Comment donc ! Est-ce que par hasard la propriété des messieurs est la nôtre?

Pierre. — Certainement; c’est notre propriété, c’est la propriété de tous. Qui donc l’a donnée aux messieurs ? Comment l’ont-ils gagnée ? Quel droit avaient-ils de s’en emparer, et quel droit ont-ils de la conserver ?

Jacques. — Mais ce sont leurs ancêtres qui la leur ont laissée.

Pierre. — Et qui l’avait donnée à leurs ancêtres? Comment ! voilà des hommes plus forts ou plus heureux qui se sont emparés de tout ce qui existe, qui ont contraint les autres à travailler pour eux ; non contents de vivre eux-mêmes dans l’oisiveté, en opprimant et en affamant la plus grande partie de leurs contemporains, ils ont laissé à leurs fils et petits-fils la fortune qu’ils avaient usurpée, condamnant ainsi toute l’humanité future à être l’esclave de leurs descendants, qui, du reste, énervés par l’oisiveté et par la longue pratique du pouvoir, seraient incapables aujourd’hui de faire ce qu’ont fait leurs pères… Et cela vous paraît juste ?

Jacques. — S’ils se sont emparés de la fortune par la force, alors non. Mais les messieurs disent que leurs richesses sont le fruit du travail, et il ne me paraît pas juste d’enlever à quelqu’un ce qu’il a acquis au prix de ses fatigues.

Pierre. — Toujours la même histoire ! Ceux qui ne travaillent pas et qui n’ont jamais travaillé parlent toujours au nom du travail.

Mais, dites-moi, comment se sont produits et qui a produit la terre, les métaux, le charbon, les pierres et le reste ? Certainement, ces choses, soit que Dieu les ait faites soit plutôt qu’elles soient l’œuvre spontanée de la nature, nous les trouvons tous en venant au monde ; donc elles devraient servir à tous. Que diriez-vous si les messieurs voulaient s’emparer de l’air pour s’en servir, eux, et nous en donner à nous seulement un peu, et du plus corrompu, en nous le faisant payer par notre travail et nos fatigues ? Or, la seule différence qu’il y a entre la terre et l’air, c’est que la terre, ils ont trouvé le moyen de s’en emparer et de se la partager, tandis qu’ils n’ont pu le faire pour l’air ; mais croyez bien que si la chose était possible, il en serait de l’air comme de la terre.

Jacques. — C’est vrai ; cela me paraît juste : la terre et toutes les choses que personne n’a faites devraient appartenir à tous… Mais il y a des choses qui ne se sont pas faites toutes seules.

Pierre. — Certainement, il y a des choses qui sont produites par le travail de l’homme, et la terre elle-même n’aurait que peu de valeur si elle n’était pas défrichée par la main de l’homme. Mais, en toute bonne justice, ces choses devraient appartenir à celui qui les a produites. Par quel mi-