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premières et aux instruments de travail ; c’est pourquoi si un homme possède un petit champ, pourvu qu’il le travaille de ses mains, il pourra bien le garder et on lui donnera en outre les outils perfectionnés, les engrais et tout ce qui sera nécessaire pour qu’il puisse faire produire à la terre le plus possible. Certainement, il serait préférable qu’on mette tout en commun, mais pour cela, il n’y aura pas besoin de forcer personne, parce que le même intérêt conseillera à tous d’adopter le système du communisme. Avec la propriété et le travail communs, tout ira beaucoup mieux qu’avec le travail isolé, d’autant plus qu’avec l’invention des machines, le travail isolé devient, relativement, toujours plus impuissant.

Jacques. — Ah ! les machines ! voilà des choses qu’on devrait brûler ! Ce sont elles qui cassent les bras et enlèvent le travail aux pauvres gens. Ici, dans nos campagnes, on peut compter que, chaque fois qu’il arrive une machine, notre salaire diminue, et qu’un certain nombre d'entre nous restent sans travail, forcés de partir ailleurs pour ne pas mourir de faim. À la ville, cela doit être pire. Au moins, s’il n’y avait pas de machines, les messieurs auraient beaucoup plus besoin de notre travail et nous vivrions un peu mieux.

Pierre. — Vous avez raison, Jacques, de croire que les machines sont une des causes de la misère et du manque de travail, mais cela provient de ce qu’elles appartiennent aux riches. Si elles appartenaient aux travailleurs, ce serait tout le contraire : elles seraient la cause principale du bien-être de l’humanité. En effet, les machines ne font en réalité que travailler à notre place et plus rapidement que nous. Grâce aux machines, l’homme n’aura plus besoin de travailler pendant de longues heures pour satisfaire ses besoins et ne sera plus condamné à de pénibles travaux qui excèdent ses forces physiques. C’est pourquoi, si les machines étaient appliquées à toutes les branches de la production et appartenaient à tous, on pourrait, en quelques heures de travail léger et agréable, suffire à tous les besoins de la consommation, et chaque ouvrier aurait le temps de s’instruire, d’entretenir des relations d’amitié, de vivre en un mot et de jouir de la vie en profitant de toutes les conquêtes de la civilisation et de la science. Donc, souvenez-vous-en bien, il ne faut pas détruire les machines, il faut s’en emparer. Et puis, sachez que les messieurs feraient tout aussi bien défendre leurs machines contre ceux qui voudraient les détruire que contre ceux qui tenteraient de s’en emparer ; donc, puisqu’il faudrait faire le même effort et courir les mêmes périls, ce serait proprement une sottise de les détruire plutôt que de les prendre. Voudriez-vous détruire le blé et les maisons s’il y avait moyen de les partager entre tous ? Certainement non. Eh bien ! il faut en agir de même avec les machines, parce que, si elles sont entre les mains des patrons les instruments de notre misère et de notre servitude, elles deviendront dans nos mains des instruments de richesse et de liberté.

Jacques. — Mais pour que tout allât bien avec ce système, il faudrait que tout le monde travaillât de bonne volonté. N’est-ce pas ?