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L’autre partie des richesses comprend les choses qui servent directement aux besoins de l’homme, comme les aliments, les vêtements, les maisons. Celles-ci, il faut les mettre en commun et les distribuer de manière qu’on puisse aller jusqu’à la nouvelle récolte et attendre que l’industrie ait fourni de nouveaux produits. Quant aux choses qui seront produites après la révolution, alors qu’il n’y aura plus de patrons oisifs vivant sur les fatigues des prolétaires affamés, on les répartira suivant la volonté des travailleurs de chaque pays. Si ceux-ci veulent travailler en commun, tout sera pour le mieux : on cherchera alors à régler la production de manière à satisfaire les besoins de tous et la consommation de manière à assurer à tous la plus grande somme de bien-être, et tout sera dit.

Si l’on ne procède pas ainsi, il faudra calculer ce que chacun produit afin que chacun puisse prendre la quantité d’objets équivalente à sa production. C’est là un calcul assez difficile, que je crois, pour ma part, presque impossible ; ce qui fait que lorsqu’on verra la difficulté de la distribution proportionnelle, on acceptera plus facilement l’idée de tout mettre en commun.

Mais, de toute manière, il faudra que les choses de première nécessité, comme le pain, les habitations, l’eau et les choses de ce genre soient assurées à tous indépendamment de la quantité de travail que chacun peut fournir. Quelle que soit l’organisation adoptée, l’héritage ne doit plus exister, parce qu’il n’est pas juste que l’un trouve en naissant la richesse et l’autre la faim et le travail. Même si l’on admet l’idée que chacun est maître de ce qu’il a produit et peut faire des économies pour son compte personnel, il faudra qu’à sa mort, ces économies retournent à la communauté.

Les enfants cependant devront être élevés et instruits aux frais de tous, et de manière à leur procurer le plus grand développement et la meilleure instruction possible. Sans cela, il n’y aurait ni justice ni égalité ; on violerait le principe du droit de chacun aux instruments de travail ; il ne suffirait pas de donner aux hommes la terres et les machines, si l’on ne cherchait à les mettre tous en état de s’en servir le mieux possible.

De la femme, je ne vous dis rien, parce que, pour nous, la femme doit être l’égale de l’homme, et quand nous parlons de l’homme, nous voulons dire l’humanité sans distinction de sexe.

Jacques. — Il y a une chose pourtant : prendre la fortune aux messieurs qui ont volé et affamé les pauvres gens, c’est bien ; mais si un homme, à force de travail et d’économie, est parvenu à mettre de côté quelques sous, à acheter un petit champ ou à ouvrir une petite boutique, de quel droit pourrais-tu lui enlever ce qui est vraiment le fruit de son travail ?

Pierre. — Vous me dites là une chose bien invraisemblable. Il est impossible de faire des économies aujourd’hui que les capitalistes et le gouvernement prennent le plus clair des produits ; et vous devriez le savoir, vous qui, après tant d’années de travail assidu, êtes aussi pauvre que devant. Du reste, je vous ai déjà dit que chacun a droit aux matières