Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/101

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ciens sous-officiers, abrutis par la discipline ou victimes de l’éducation jacobine, ils s’imaginaient, de la meilleure foi du monde, servir une société, qu’ils acceptaient pour bonne, en la préservant du contact des malfaiteurs. Élevés dans le respect de l’autorité et de la propriété, ils défendaient ces deux principes d’une façon moins éclatante mais plus sincère que les magistrats fourrés d’hermine et les monseigneurs à robe violette.

« Que voulez-vous ? disait l’un d’eux, la vie est une loterie ; de pauvres diables ont pris un mauvais numéro, il n’y a rien à y faire. »

Et il commandait ses forçats sans brutalité, presque paternellement.

Un autre, un Corse, tout en étant strict sur le chapitre de la discipline, nous disait en parlant d’un homme de son escouade, son compatriote :

« Il a été condamné pour avoir tué le séducteur qui avait abandonné sa sœur. Eh bien, j’en aurais fait tout autant et, chez moi, il n’y a personne qui lui refuserait la main. »

Et, bien des fois, je l’ai vu traiter ce transporté en toute camaraderie.

Cohuau, appartenait à l’espèce pacifique et relativement honnête ; aussi l’administration, toujours intelligente, avait-elle fini par le révoquer. Son second, Bailly, jeune brestois de famille bourgeoise, dévoyé dans la chiourme, y gâtait des allures natives qui ne manquaient pas de distinction. Beau garçon, intelligent avec un vernis d’instruction, il eût pu devenir un élégant officier ; dans ce milieu pénitentiaire, l’abrutissement et l’alcoolisme le gagnaient peu à peu : il a dû finir par naufrager complètement. Pas méchant pour deux sous, il laissait,