Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/100

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ques, peu versés dans la science des Borgia, ont longtemps considéré comme un mystérieux privilège de leurs maîtres de pouvoir se débarrasser sans bruit de leurs ennemis. Ils appelaient cela « posséder les esprits. »

J’avais jusqu’alors été un collégien studieux malgré des tendances aventureuses ; la vigilance familiale tendre, certes, mais gênante à la longue pour un adolescent, ne m’avait jamais laissé bien libre de mes mouvements. À Houaïlou, j’étais, enfin, hors de pages : j’allais pouvoir, entre temps, vagabonder, chasser, me perdre dans les montagnes, coucher à la belle étoile, courir même le tapa, si toutefois les bouillonnements de la jeunesse réussissaient à l’emporter sur la répulsion ressentie dès le début.

Le bureau télégraphique, situé sur la rive droite de la Boima, était une véritable caserne ne comprenant pas moins de cinq pièces. Une fois les appareils installés, les meubles rangés, — un lit de fer, un lavabo, une commode, une table et quelques sièges, nous ne savions comment remplir le local. Il est vrai, que par compensation, la toiture n’existait pas encore. Le surveillant Cohuau, sous la direction duquel les forçats et les Canaques avaient édifié le bâtiment, nous fit judicieusement remarquer qu’il était indispensable de coucher pendant quelque temps à ciel ouvert, pour que le soleil séchât, dans la journée, le torchis des murs à l’intérieur.

La profession de garde-chiourme n’est pas des plus recommandables ; je dois, cependant, dire qu’à côté d’affreuses canailles, inférieures en moralité aux pires criminels, j’ai rencontré parmi eux quelques hommes honnêtes et, cela paraîtra une dérision, humains. An-