Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/106

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


lire, ni aux appareils dont la manipulation les inquiétait. « Tacata ! [1] » exclamaient-ils en me regardant opérer. Cependant, plus tolérants que les contemporains de Torquemada, ils n’ont jamais manifesté l’intention de me brûler. Parfois, pour les émerveiller, je tirais devant eux des étincelles électriques ou, leur attachant un fil métallique autour des membres, y faisais circuler un vigoureux courant. Quels cris sauvages s’échappaient alors de ces bouches d’anthropophages, béantes comme autant de fours, tandis que les corps se distendaient dans d’indescriptibles contorsions, non de souffrance mais de terreur, aux grands rires de leurs compagnons simples spectateurs ! Je poussais même la facétie jusqu’à les inviter à ramasser une pièce d’agent déposée au fond d’un seau en zinc, rempli d’eau et que je faisais communiquer avec ma pile. Leurs efforts pour saisir cette monnaie et leur dépit de ne pas y arriver étaient assez comiques ; cependant, pour atténuer le mauvais goût de la plaisanterie, je finissais généralement par rompre la communication électrique et leur laisser emporter l’argent. Ce procédé m’a valu parmi ces hommes de la nature une certaine popularité ; au moins d’aussi bon aloi que celle des candidats qui paient à boire à leurs électeurs, sauf à les plumer après le scrutin.

Parmi les potentats indigènes qui m’honorèrent de leur visite, je dois citer le chef Kombo, dont la tribu s’étendait sur la rive opposée de la Boima. Il vint un jour me visiter, resplendissant dans un vieil uniforme de capitaine et accompagné de son tacata, sorcier et premier ministre, — d’autant plus premier qu’il était le

  1. Sorcier.