Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/107

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seul. Ce dignitaire avait arboré également les magnificences de sa garde-robe ; une redingote qui flottait majestueusement sur ses fesses aussi nues que le crâne d’un sénateur. Il s’abritait ou plutôt abritait son maître sous un parapluie servant d’ombrelle, ce qui me parut l’indice de tendances orléanistes. Kombo n’avait pourtant pas toujours été un monarque constitutionnel : un jour, une femme de sa tribu disparut mystérieusement. L’administration française, chose étrange, ouvrit une enquête et finit par retrouver partiellement la popinée à l’état de lanières séchées en manière de conserves dans les poches de la culotte royale. Kombo avait pressenti les tablettes Liebig ! Tant d’intuition chimico-culinaire ne toucha pas le chef de la colonie, qui déporta le chef houaïlou à l’île des Pins, comme un vulgaire communard. Ses sujets eussent pu en profiter pour proclamer la république, ils n’y songèrent même pas, — les Canaques de la vieille génération tenaient à leurs chefs comme saint Labre à ses poux. Touché de leurs supplications, le gouverneur rendit, peu après, un maître à ces gens qui ne pouvaient s’en passer… Sont-ils les seuls ?

Tel était le personnage que j’avais devant moi. Notre entrevue fut des plus cordiales : Kombo eut la discrétion de ne pas tâter mes côtes ni soupeser mes steaks. Touché de tant de délicatesse, je lui offris un petit verre de tafia, qu’il vida instantanément ; puis ce fut le tour du ministre qui dans son empressement, faillit avaler le contenant avec le contenu. Après quoi, mes hôtes augustes prirent congé de moi. Je les suivis de l’œil et aperçus, à cent pas à peine de ma case, Kombo tombant évanoui dans les bras de son suivant.

Cette vue me fit sursauter : avais-je inconsciemment