Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/109

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Eh bien, oui ! Décidément les popinés sont moins laides : leur noirceur les habille, atténue les rides, cache les imperfections de la chair. Certes, les vieilles, — celles qui dépassent vingt ans ! — font peur, surtout si elles ont allaité plus d’un enfant, car l’allaitement dure ici bien plus longtemps qu’en Europe, leur échine est cassée par le port des fardeaux, puisqu’elles remplacent pour la tribu les bêtes de somme ; mais, ce n’est certainement pas à une vieille que je porterai mes hommages. En avant ! des habitants, aussi expérimentés que charitables, m’ont désigné les popinés de Kombo comme les plus accessibles, leur obligeance a été jusqu’à m’indiquer l’endroit de la rivière où l’on a pied. À deux cents mètres de mon habitation je pourrai traverser la Boima avec de l’eau jusqu’à la poitrine seulement.

L’heure de la clôture est arrivée : mon correspondant m’a communiqué le signal transmis depuis Nouméa de bureau en bureau, nous laissant libres jusqu’à deux heures. Cinq minutes pour expédier le déjeuner, le temps de garnir mes poches de monnaie blanche et de bâtons de tabac, non moins précieux pour les échanges… même de caresses, et me voici prêt.

On ne porte pas de chaussettes dans ce bienheureux pays. Arrivé au bord de la rivière, je tire mon pantalon, le roule sur ma tête et gardant mes souliers ainsi que ma chemise qui séchera sur moi, j’entre bravement dans la Boima.

À moins d’être disciple convaincu de saint Labre, il me semble qu’on doit toujours éprouver un certain plaisir à entrer le corps dispos et l’esprit de même, dans une belle eau claire et tiède, étincelant au soleil. La rivière est douce et caressante comme une maîtresse : si