Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/108

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empoisonné le vieil anthropophage ? Pour le coup, les Canaques, qui me traitaient déjà de sorcier, eussent pu dire que je « possédais les esprits »… y compris l’esprit de vin ! J’allais me diriger au secours de Sa Majesté, lorsque Péronéva et Coumoni me firent entendre qu’il n’y avait pas lieu de s’émouvoir pour si peu, que Kombo usé par les excès de toutes sortes, ne pouvait maintenant supporter l’absorption du moindre petit verre sans se mettre dans un état fâcheux, compromettant pour la dignité de la couronne. Dès lors, ma compassion faiblit considérablement, d’autant plus que déjà le mangeur de noires semblait vaguement revenir à lui. Aussi, laissai-je le pauvre ministre remorquer comme il put ce débris royal.

Quelques jours après, je voulus visiter à mon tour la tribu de Kombo. Dois-je avouer au chaste lecteur que j’étais mû par le désir d’y rencontrer non des rois ou des ministres mais des popinés ? On n’a pas toujours dix-huit ans et demi, une imagination capricieuse et des besoins physiologiques à satisfaire. Certes, les premières rencontrées à Canala m’avaient paru laides, mais j’eusse bien voulu voir à ma place cet imbécile de saint Louis de Gonzague, qui n’était peut-être qu’un eunuque de naissance. Sous ce climat torréfiant, qui embrase le sang dans les veines et fait déborder les sèves, alors que la nature semble incessamment en rut, le moyen pour un adolescent bien constitué de se tenir tranquille ! Joignez à cela une nourriture pimentée, excitante, nécessaire d’ailleurs pour stimuler l’organisme, et vous comprendrez, gens vertueux qui me faites l’honneur de me lire, ce que le célibat prolongé commençait à avoir d’intolérable.