Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/113

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CHAPITRE VIII


SCÈNES DE LA VIE DE BROUSSE.


Cette aventure ne fut pas la seule : après avoir échappé à l’eau, je faillis m’enliser dans la boue, ceci non au figuré, je vous prie de le croire.

À un certain nombre de kilomètres de mon bureau résidait un colon irlandais, nommé George Wright, qui n’avait jamais pu s’assimiler la question épineuse des frais d’exprès. Les bureaux télégraphiques, surtout à cette époque, étant plus rares en Nouvelle-Calédonie que les cocotiers, les facteurs avaient souvent à parcourir des distances considérables pour remettre les fatidiques « petits bleus » aux intéressés. Il s’ensuit que l’administration dans sa prévoyance maternelle autant qu’infinie, avait songé à indemniser les piétons indigènes de leurs fatigues, en leur allouant la somme déboursable par le destinataire, de cinquante centimes par kilomètre. Georges Wright, qui recevait fréquemment des télégrammes et qui, par conséquent était tenu de souvent débourser, n’avait jamais pu se mettre cela dans la tête.

Tenant à cumuler les relations cordiales de voisinage avec la régularité de mes devoirs professionnels, je m’en fus un jour, après déjeuner, visiter ce double insulaire, irlandais et néo-calédonien, avec le vague espoir de lui faire entendre raison. Il fallait encore traverser la Boima, mais cette fois, je m’étais fait indiquer un bon gué, et puis, d’ailleurs, ne savais-je pas nager ?