Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/124

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ment son latin devant une barrique vide servant d’autel.

L’élément féminin avait donné et se prélassait en rang d’oignons sur des chaises empruntées à Girard. Coquetterie et bigoterie vont généralement de pair : ces dames avaient arboré leurs plus pimpantes toilettes et se dévisageaient avec fureur, un œil rivé sur l’officiant et l’autre sur leur voisine. Cette mimique, grosse de jalousie et de dédains, ne les empêchait pas, en même temps, de se redresser sous le feu des regards masculins : l’une, sous prétexte de donner à téter à son enfant, s’était entièrement dégrafée et, sans la moindre gêne, exhibait intégralement les richesses de sa poitrine. De leur côté, les hommes, mineurs et stockmen abrupts, depuis longtemps déshabitués des choses saintes, exécutaient à contre temps les mouvements horizontaux ou verticaux inhérents à toute cérémonie religieuse et tourmentaient furieusement la poche dans laquelle se trouvait remisée leur bouffarde. Les membres de la Commission, présents, sauf le colon républicain, représentaient le plus select high life et, à côté d’eux, Bailly, sanglé dans son uniforme de surveillant, tiré à quatre épingles, prenait des poses donjuanesques.

La pieuse cérémonie fut troublée par l’incontinence d’urine d’un chien de forte taille qui avait accompagné son maître jusqu’à la porte du lieu saint, et qui, au moment de l’élévation, s’en fut, le plus naturellement du monde, pisser sur la soutane du révérend père. Cet incident causa quelque tumulte : l’insolent quadrupède fut expulsé ; après quoi, tenant sans doute à donner aux gens de Houaïlou une idée favorable de ses capacités oratoires, le père Vigouroux y alla d’un sermon.

Je n’eus pas le plaisir de l’entendre, mais je suppose