Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/123

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clergé. Si antidémocratique qu’apparaisse ce dernier, il a toujours attiré à lui une partie, — la plus inconsciente, — de la masse pour écraser sous son poids celle qui pense et qui s’agite. Il y eut par conséquent, dans la commission de délimitation de 1876, cette anomalie que les indigènes, menacés dans leurs possessions, eurent pour adversaire un républicain, radical s’il vous plaît, et pour défenseur un prêtre.

Mon chef de service, excellent homme, d’une érudition solide et assez progressiste dans ses idées politico-sociales n’avait cependant pas inventé l’anti-cléricalisme, — on n’est point parfait ! — Peut-être sentait-il qu’en se mettant le clergé à dos, sa situation eût été intenable dans cette colonie où tout, même la police, sentait l’eau bénite. À Nouméa, il faisait, le dimanche, pendant cinq minutes, acte de présence à la messe, à côté du gouverneur et des fonctionnaires grands et petits, pendant que ses employés, presque tous radicaux, discutaient avec chaleur le républicanisme de Gambetta, quelques-uns poussant même jusqu’à Barodet. Son collègue à la commission, le père Vigouroux, en profita pour lui quémander une des pièces de l’immense bureau, afin d’y célébrer le saint sacrifice, dont les malheureux habitants de Houaïlou avaient été privés depuis si longtemps. Lemire y accéda et, comme mon autorité de gérant intérimaire disparaissait devant la sienne, je n’eus ni à approuver ni à blâmer : je me bornai à ne point entrer dans le sanctuaire improvisé, observant du dehors le coup d’œil.

Il était vraiment curieux : Sanié qui, la veille, s’était grisé abominablement, buvant à même le saint ciboire, servait d’enfant de chœur et dégoisait fort digne-