Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/133

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la garnison, on abattait un bœuf. Autrement, on n’en eût pas trouvé le débit.

Tandis que beaucoup hasardaient leur fortune dans les spéculations minières, d’autres plus pratiques, se confinaient dans l’élevage du bétail. Le mot élevage est peut-être ici bien abusif, car les propriétaires se bornaient à laisser leurs troupeaux paître et vaguer à l’aventure, croissant et multipliant sans souci des lois de Malthus. Aussi, y eut-il bientôt, en Nouvelle-Calédonie quatre ou cinq fois plus d’habitants quadrupèdes que bipèdes. En 1877, après un krach général des sociétés minières, tout le monde se rejeta sur l’élevage et l’agriculture. Pour donner des concessions à ceux qui en demandaient, on empiéta sans façon sur le terrain des Canaques ; en même temps, les bestiaux errants ravageaient les plantations des malheureux indigènes. Ce double grief fut une des principales causes de la grande révolte qui, l’année suivante, mit la colonisation française à deux doigts de sa perte.

Depuis quelques années, les ruminants néo-calédoniens (ne pas confondre avec les budgétivores) coulent des jours moins heureux : une fabrique de conserves, établie à Gomen, permet d’utiliser la viande qu’on ne pourrait vendre fraîche faute d’acheteurs. Les grands bœufs, arrachés à leur quiétude, sont dirigés vers l’abattoir fatal et meurent en maudissant, sans doute, notre civilisation.

À diverses reprises, soit pour le terrain, soit pour le bétail, les Henry avaient eu maille à partir avec les indigènes. Secondés par une nuée de serviteurs néo-hébridais, munis d’armes et de tout ce qu’il faut pour soutenir un siège, ils avaient résisté victorieusement, sans