Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/144

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tâtant du pied le sol pour me maintenir dans le sentier, je déambulais de notre montagne au télégraphe ! De fait, la moindre erreur d’itinéraire eût pu m’amener sur les bestiaux, couchés dans les hautes herbes, et me faire saluer d’un bon coup de corne. Il fallait, pour rassurer les angoisses, signaler par un cri mon arrivée sur la route, — car route il y avait de la maison Henry au poste, — puis, une fois rendu à destination, hausser et abaisser alternativement ma lampe allumée, le long de la vérandah, signal auquel ma mère répondait de même. Une fois cette télégraphie optique terminée, j’empoignais la Henriade et ne tardais pas à m’endormir profondément.

Le travail était insignifiant, dérisoire : mais il fallait rester à portée des sonneries, qui d’un moment à l’autre, pouvaient vibrer pour l’imprévu. La communication avec Houaïlou, à moins de quarante lieues à vol d’oiseau mais à plus de soixante par le fil, ne marchait pas toute seule, surtout par les temps orageux. Savin, bien outillé, arriva cependant à correspondre directement avec ce poste. Oh ! alors, les bons loisirs, car ils en avaient pour des heures à bavarder, faisant virer comme une folle l’aiguille de mon galvanomètre. J’en profitais pour pousser des excursions dans la montagne, bien sûr de ne décevoir personne, car l’officier galopait dans les tribus, en quête de popinés, les soldats n’envoyaient jamais de dépêches, Henry une tous les trois mois et aucune voile, aucun vapeur n’étaient en vue. Maintes fois, partant ainsi aux heures de clôture et appréhendant de revenir avec un fort retard, j’établissais d’avance la communication directe entre mon correspondant du nord et celui du sud ; puis, la conscience légère, je m’en-