Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/152

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pondit le messager. — « Olée ! » exclama le chef ravi et, d’un cri terriblement rauque, il appela tous ses guerriers, auxquels, d’un ton grave, il dit : « Le caillou de guerre, le caillou sacré est arrivé d’Ouvéa. » Une grande clameur belliqueuse accueillit cette nouvelle et Apitéhéguène, vraisemblablement mis en veine d’exercices vocaux, continua en murmurant sur un ton bas et tout à fait sinistre : « Aoue ! ti ti ti ti ti ti ti ! » fermant les yeux et tournant la tête de droite à gauche, autant de fois qu’il y avait de « ti ti ti. » Les hommes répondaient par un cri sauvage et prolongé de « Ou ! »

Tout cela était bel et bon ; mais, pour vaincre, il fallait toucher le caillou de guerre après un cérémonial qui ne pouvait être accompli que la nuit, ce qui renvoyait la bataille décisive au lendemain. « Sous peine de mort, dit Apitéhéguène à ses sujets, que personne d’entre vous ne parle du caillou. Si Pahouman apprenait ce qu’il en est, tout serait perdu, car lui aussi possède les esprits. » Cette sage objurgation n’empêcha pas le moins du monde un traître d’aller trouver le chef ennemi pour lui révéler le secret terrible. La nouvelle qu’il lui apprit, non en particulier mais devant ses guerriers et ses sorciers, épouvanta ce monde qui, au lieu de poursuivre sa marche victorieuse, battit en retraite, malgré la répugnance de Pahouman, le seul qui se sentît d’humeur à lutter quand même.

Après une nuit d’incantations, Apitéhéguène, en présence de sa tribu, toucha avec respect le caillou de guerre qu’un vieux sorcier sortit d’un panier richement orné. Un cri terrible de tous les assistants alla jusqu’aux oreilles de Pahouman qui, malgré l’avis de ses vieux conseillers, s’était rapproché, entraînant, tant bien que