Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/159

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voir un fidèle s’approcher de la sainte table en moinô ou une dévote en tapa offrir son cœur à Jésus. Dans la soirée, les indigènes commencèrent à se rendre par bandes à la mission ; la lune était invisible, la vallée plongée dans une obscurité profonde. De cette épaisseur de ténèbres, surgissait brusquement, accompagné de clameurs retentissantes, le flamboiement d’une torche portée par quelque retardataire qui galopait rejoindre la procession. Cette torche, zigzaguant dans l’ombre, avec des bonds étranges, éclairait, l’espace d’une seconde, les cocotiers géants, les massifs de verdure et les roches aux contours fantastiques. En approchant de la mission, les torches devenaient de plus en plus nombreuses jusque l’entrée de l’église illuminée à giorno. L’autel resplendissait, une subtile odeur de parfum se mêlait à celle des fleurs et des plantes ; les deux prêtres se mouvaient lentement, drapés dans leurs blancs surplis, et prêts à officier avec toute la majesté de circonstance ; les bancs se garnissaient d’une foule recueillie, les tayos d’un côté, les popinés de l’autre.

La grand’messe s’accomplit selon le cérémonial ordinaire ; les Canaques montraient une grande expérience des divers mouvements de corps qui font partie essentielle du sacrifice divin. Aucun d’eux ne se levait lorsqu’il fallait tomber à genoux ou ne s’asseyait quand l’étiquette religieuse exigeait la station verticale : le confiteor, le credo, l’offertoire n’avaient aucun secret pour eux. Ils étaient réellement croyants, fanatisés même, ces pauvres diables dont beaucoup marmottent du latin de cuisine et ignorent complètement la langue de Francisque Sarcey. Cependant, ceux mêmes qui ne pourraient seuls trouver et combiner quelques mots français