Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/176

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niers, étaient un prétexte de débauche. Peu à peu, les deux sexes, rompant l’ordre primitif, s’étaient rapprochés ; beaucoup cheminaient, amoureusement enlacés sous la même couverture. Parfois, des couples d’hommes nus et de femmes ou même d’hommes seuls disparaissaient vers les buissons pleins d’ombre !

Devant moi, se tenant par la taille, allaient, l’œil au guet, trois popinés habituées à venir au poste, par conséquent, me connaissant. L’une s’étant retournée, me regarda avec stupeur. — « Kérapoin » ? (Eh ben, quoi ?) lui demandai-je, imitant de mon mieux l’intonation canaque. Elle ne me répondit pas et, ses deux compagnes m’ayant examiné, je les entendis murmurer le mot « poupoualé » (étranger blanc).

Fort surpris d’avoir été découvert, je jetai un coup d’œil sur ma toilette : le pan de ma couverture frottant sur ma jambe gauche avait enlevé peu à peu la couche artificielle de noir ; je n’étais plus qu’aux deux tiers Canaque. Et, cependant, ce qui me restait de teinture, il me fallut trois jours et quinze bains pour le faire partir !

En vain essayai-je de me couvrir de façon à cacher mon déplâtrage. — « Câpo telegraph ! » (Le chef du télégraphe), murmura une des trois femmes, constatant mon identité.

De son côté, Pinson venait d’être reconnu : il me rejoignit. Les indigènes nous regardaient avec plus de stupeur que de colère, peut-être notre calme nous tira-t-il d’un fort mauvais pas ; peut-être aussi l’idée que nous pouvions être toute une bande armée empêcha-t-elle une attaque. Les danseurs, sans la moindre absorption d’alcool en étaient arrivés à ce point de griserie où la bête reparaît sous le masque humain. Nombre d’entre eux