Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/185

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« Qui vive ? »

— Amis ! répondis-je, très rassuré pour la famille anglaise.

La sentinelle était un libéré, employé des Henry, qui montait la garde, armé d’un fusil meilleur que le mien. Nous échangeâmes rapidement quelques mots : j’appris que les indigènes s’étaient bornés à l’incendie, sans pousser jusqu’à une attaque, sans même se montrer, que, d’autre part, les Henry, en même temps qu’ils tiraient pour donner l’alarme, s’étaient mis en état de défense.

Tout allant pour le moins mal, je manifestai l’intention de retourner sur nos pas.

— On doit nous chercher et nous croire tués, dis-je à Dubois. Ici, on peut se passer de nous : rentrons vite.

Je me représentais l’inquiétude de ma mère, courant après moi et m’appelant dans tous les recoins du poste.

— Vous avez raison, me répond le surveillant que le grand air avait dégrisé et, par suite, rendu à son léporisme habituel. Allez tout doucement, je serre la main au fils Henry et vous rejoins dans deux minutes.

Confiant dans sa parole, je m’en retournai à petits pas, la main sur la gâchette de mon fusil, scrutant de l’œil l’épaisseur des fourrés. Cependant, les deux minutes se passent, puis cinq, puis dix, et Dubois ne reparaît pas. Il ne se montra que le lendemain au petit jour, ayant passé la nuit à boire du vin chaud avec les Anglais pour se donner du courage.

Je compris bientôt de quoi il retournait et résolus d’accélérer mon allure. À ma gauche, s’étendaient quelques maigres bouquets de cocotiers ; à ma droite, se reliant en pente douce aux montagnes de l’intérieur, couraient d’épais buissons où il me semblait entrevoir