Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/206

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De toutes les tribus qui jouèrent un rôle dans cette guerre, celles de Thio se montrèrent les plus méprisables et la responsabilité en remonte à un missionnaire, leur directeur spirituel, le père Morris. Ce fut lui, politique subtil et sans scrupules, qui, par l’intermédiaire de ses Canaques catholiques, incita les païens de l’intérieur à se ruer sur les poupoualés. Ne fallait-il pas à tout prix discréditer l’administration d’Olry ? Les Thios égorgèrent et pillèrent à Bouloupari, menacèrent la population blanche de leur localité, forcèrent les habitations des fugitifs, puis, se tinrent cauteleusement sur l’expectative.

Quand ils virent de quel côté tournerait la chance et surtout lorsqu’un détachement de vingt-deux fantassins de marine, sous les ordres du sous-lieutenant de Lestang-Parade, eut occupé la localité, ils offrirent leurs services aux étrangers. Depuis ce moment, commandés par leur chef de guerre Simon, ils marchèrent contre les révoltés de l’Aoui que dirigeaient le brave chef Judano et Cham. Ce dernier, un peu l’enfant adoptif des gendarmes, enseignait à ses compatriotes le maniement des armes que lui avaient appris ses anciens amis.

Ma mère, qui craignait peu pour elle-même, tremblait que je ne fusse renvoyé sur le théâtre de la lutte. Ses appréhensions jointes au souvenir des luttes passées, contribuèrent à lui porter le coup fatal à une époque de la vie féminine où toute forte secousse est dangereuse. Nous éprouvâmes la plus grande de toutes nos douleurs et je me promis plus que jamais, devant le cercueil de cette chère morte, de tirer vengeance des proscripteurs. Le sentiment, seul, parlait alors en moi ; plus tard, la réflexion et l’étude me firent étendre ma haine des op-