Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/208

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chaient les occasions de se montrer aimables envers leurs anciennes victimes, susceptibles de se transformer en maîtres. Ô roue de la fortune qui, sans cesse, élèves les uns pour abaisser les autres, tout en laissant subsister même inégalité et mêmes abus !

Le gouverneur, animé de sincères velléités libérales, profita de ce moment pour desserrer un peu les liens qui meurtrissaient la colonie. Un conseil communal élu au suffrage presque universel (les résidants français et libres ne formant qu’une partie de la population), remplaça à Nouméa le grotesque conseil privé, tandis que, dans l’intérieur, des commissions municipales venaient mettre un frein à l’autocratie des chefs d’arrondissements militaires.

Une presse indépendante avait surgi. Locamus, ex-commis de marine, en rupture d’administration pour cause de radicalisme, s’était réveillé pamphlétaire et, dans la Revue illustrée, menait une campagne acerbe contre les satrapes locaux, stupéfaits de telle irrévérence. Avertissements, suspensions, suppressions pleuvaient dru sur l’audacieux folliculaire qui, sans s’intimider, changeait le titre de son journal et continuait la lutte au grand plaisir de la population, vengée enfin de son long bâillonnement. Le plus malmené de ces fonctionnaires jusque-là inattaquables, fut le directeur des postes Signorio, un Corse de vieille roche, qui conservait pendant quatre ans dans la boîte administrative, véritable oubliette, des lettres venues de France. Il y eut, lorsque le fait fut connu, d’assez vives réclamations, plus encore de gorges-chaudes, et ce chef de service, que ne protégeait plus son bonapartisme clérical, dut dire adieu à la colonie qui eut l’ingratitude de s’en mon-