Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/224

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Paâba. Six mille communards et leurs familles se levèrent pour acclamer le triomphe de la république une et indivisible.

Radieuse et fugitive liberté, on croyait t’avoir à jamais conquise !

En toute impartialité, je dois avouer que les marchands de vin firent de bonnes affaires ce jour-là… et les jours suivants.

— Que voulez-vous ! déclarait avec une rondeur qui ne le quittait jamais l’ex-chef de flottille Peyrusset, pendant la Commune, tout le monde se soûlait : je faisais comme tout le monde et ça m’est resté.

Il exagérait, certes, du moins, en ce qui concernait « tout le monde, » mais la vérité est que, tandis que les Versaillais se grisaient avec du sang, nombre de fédérés se grisaient avec du vin : ils continuaient simplement l’habitude prise pendant le premier siège, alors qu’à défaut de manger il fallait bien boire pour soutenir sa misérable carcasse.

Peu à peu, j’appris le départ de tous nos amis : le père Étienne, Littré, Cipriani, Rava, Louise Michel. Le périodique cyclone arriva, renversant comme un château de cartes les édifices de Nouméa, interrompant les communications du chef-lieu avec le reste de l’île : à peine mon père et moi y prîmes-nous garde.

Nous étions libres ! Mais une tombe nous retenait sur cette terre de proscription : n’était-ce pas une trahison de l’abandonner ? D’autre part, j’avais une situation fort sortable : venant en tête du cadre colonial, je pouvais devenir en peu de temps un personnage de marque dans l’Éden administratif. Dans ces conditions, la ligne d’un bourgeoisillon eût été toute tracée : rester, arborer d’une