Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/227

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CHAPITRE XV.


LE RETOUR.


La Loire emportait dans ses profondeurs onze cents personnes, passagers des deux sexes et équipage. Son capitaine, Brown de Colstown, était la fine fleur du réactionnarisme et, quoique protestant, digne d’avoir étudié chez les jésuites.

Une des plus belles tartuferies de cet officier supérieur, auquel la république bourgeoise a naturellement ouvert les bras, — il est aujourd’hui contre-amiral, — fut de considérer les proscrits rapatriés non comme amnistiés, c’est-à-dire jouissant de tous droits civiques, mais comme graciés. J’avais obtenu de partager leur compartiment, ancienne cage, dont la porte maintenant restait ouverte. Nous y étions vingt-neuf, le gros des déportés étant parti par les transports précédents.

Après de longues années d’exil, nos compagnons s’imaginaient revoir la France telle qu’ils l’avaient quittée. Quelques-uns ne se défendaient pas de croire que les populations allaient former la haie sur leur passage, prêtes à leur glisser sous le bras des portefeuilles de ministre. Comment la république pourrait-elle se passer de leur concours ? Ces jacobins, pour la plupart courageux et sincères mais infatués de leur personne, ne se rendaient pas compte que, pendant leur absence, le monde avait marché.

Quelques autres, c’était le petit nombre, affirmaient