Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/236

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Sainte-Hélène, notre seule escale, nous ranimèrent. Le Gulf Stream nous baignant de sa douce tiédeur, charriait des algues et des graines étranges, des raisins du tropique, des débris arrachés à la côte brésilienne. Nous filions droit au nord-est ; à mesure que nous approchions du continent africain, la mer se bleuissait, d’un bleu indigo, le ciel s’azurait d’un azur cru dans lequel trônait un soleil incandescent.

— C’est pourtant le même qui nous chauffera si mal cet hiver à Paris ? soupirait un pauvre hère de passager que les voyages au long cours n’avaient pas enrichi.

Il y avait à peu près trois mois que nous ne voyions que le ciel et l’eau, quand nous jetâmes l’ancre devant Sainte-Hélène. Que Napoléon a dû s’y faire des cheveux ! Une fois dans ma vie, j’ai plaint le tyran corse.

Qu’on se représente une île, presque un îlot, rouge, dénudée, calcinée, par la chaleur du ciel et celle du sol, surmontée sur tout son périmètre, de falaises à pic sur lesquelles sont élevées les fortifications et casernements anglais. Sur la plage, quelques maisons et une église ; au centre, une étroite vallée s’entr’ouvre : c’est Longwood où aimait à se promener, au bord d’un ruisseau solitaire, le conquérant déchu.

Depuis, grâce à l’invention de Niepce et Daguerre, des photographes britanniques se sont établis sur les lieux et vendent aux voyageurs des vues du « tombeau de l’empereur », laissant volontiers croire aux ignorants que les restes de ce grand dévoreur d’hommes, autrement assassin qu’un Dâmé ou un Pahouman, sont toujours là.

À Sainte-Hélène, nous apprîmes des nouvelles d’Eu-