Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/235

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Pareil fait, commis par un révolté au préjudice d’un homme d’ordre, est qualifié vol, exécuté par un salarié de l’État au détriment de l’adversaire socialiste, il sembla tout naturel et fit beaucoup rire les galonnés de l’arrière.

L’aventure n’était pas finie : sous l’impression désagréable de cet abus de pouvoir, Dacosta, Girault et Fortin se rendirent, ce soir-là, à la prière, le chef couvert et refusèrent de se décoiffer : ils furent, séance tenante, punis des fers. Au bout de huit jours, ils nous revinrent et l’opiniâtre Dacosta, cette fois, récidiva seul, à ses dépens, ses amis estimant sans doute que le jeu n’en valait pas la chandelle. La plupart d’entre nous continuèrent, jusqu’à l’arrivée, à monter sur le pont tête-nue : on les appelait les purs.

Nous doublâmes le cap Horn avec un temps relativement favorable, le thermomètre ne descendant qu’à un ou deux degrés au-dessous de zéro, ce qui était dur, néanmoins, pour des hommes habitués depuis des années aux chaleurs torrides. La mer était encore plus agitée qu’au cap de Bonne-Espérance ; ses lames semblaient des collines mouvantes, la marche de la Loire, emportée des profondeurs à la cime et retombant, l’instant d’après, de la cime aux profondeurs, offrait, bien plus en grand, l’image d’un traîneau lancé sur la pente zigzagante de montagnes russes. À ce point de jonction de deux océans, le Pacifique nous attirait irrésistiblement.

Un grand cétacé, jaloux de lutter de vitesse avec le monstre de bois et de toile, nous accompagna quelque temps, frôlant presque notre tribord.

Nous nous sentions épuisés : la rentrée dans les latitudes tempérées, puis chaudes, et surtout l’approche de