Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/238

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listes, collectivistes naissants vagissaient alors dans un modérantisme étroit, paperassier et tâtillonneur, bien fait pour refroidir un tempérament tout d’action. Blanqui et Delescluze, ce stoïque jacobin, qui donna sa vie pour les idées décentralisatrices, étaient ses deux pôles : je ne parle pas, bien entendu, de Garibaldi et Mazzini qui, pour lui devenaient des demi-dieux. Cet enthousiasme latin pour les grands leaders se trouvait du reste équilibré par la compréhension large des besoins humains, autrement forts que les catéchismes des doctrinaires.

Je grandis dans cette tendance, le sentiment et l’intuition claire l’emportant de beaucoup sur les subtilités du raisonnement ; des rêves épiques avaient rempli ma prime adolescence : conspirations contre les tyrans, soulèvements internationaux, combats de géants à l’issue desquels les foules délivrées se tendaient les mains, tandis que les libérateurs en chef jubilaient modestement sans songer un instant, — les naïfs ! — à prendre la place des maîtres abattus. Y avait-il une pointe d’inconscient orgueil à côté de ce romantisme ? C’est bien possible : quel est donc le tout jeune homme qui n’a pas entrevu devant lui le panache de Marceau ?

Ambition ! Ambition ! vile quand tu t’exerces au détriment de l’humanité, n’en es-tu pas moins le moteur puissant qui lance en avant les mortels ?

Colomb, Galilée, Fulton, Voltaire, Hugo, Garibaldi n’étaient-ils pas de sublimes ambitieux ? Quel est donc l’être pensant et sentant qui peut rêver d’étouffer son moi dans la vie plate et monotone de la masse végétative, se complaire à ralentir sa marche rapide pour la régler sur le pas des éclopés ?