Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/239

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Égalité sociale, oui ! Uniformité physique et morale, non !

Nous ne restâmes qu’une journée devant Sainte-Hélène, le temps de nous ravitailler un peu. Seuls, les officiers purent descendre à terre ; mais en compensation, nous reçûmes la visite de quelques soldats et sous-officiers. Un « bag-piper » écossais tira quelques sons de son instrument et deux habits rouges improvisèrent sur notre pont une gigue échevelée. Ces guerriers revenaient, pour la plupart, de se faire rosser par les boërs au Transvaal qui, sous le commandement de Joubert, avaient maintenu leur indépendance par trois victoires.

Un autre spectacle gratis nous fut offert par une bande de marsouins se livrant à mille folies, à cinquante brasses du rivage : ils semblaient littéralement jouer à saute-mouton.

Après avoir vu disparaître à l’horizon les falaises rutilantes de Sainte-Hélène, nous passâmes devant Ascension, simple banc de sable, peuplé principalement de tortues, soit dit sans offense au beau sexe local. Puis, nous ne revîmes plus que le ciel et l’Océan.

Les derniers jours d’une traversée paraissent toujours les plus longs : c’est alors qu’on calcule fiévreusement la distance qui sépare encore du but. À partir de la fin de mai, il fut impossible de demander une allumette sans s’entendre dire : « Eh bien ! nous approchons : plus que douze cents lieues à faire ! »

— La France ! La France ! murmuraient quelques-uns des amnistiés qui, ayant perdu famille et amis pendant leur longue absence, n’avaient plus à espérer dans leur patrie que l’enfer du salariat ou la misère.

Par une matinée de juin, il y eut grand remue-ménage