Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/241

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nous y attendait. Brown nous montra, radieux, une dépêche lui ordonnant de livrer aux gendarmes mon père, expulsé du territoire avant même d’y avoir remis les pieds. C’est ainsi que le gouvernement républicain entendait l’amnistie.

Peu après, mon père était mis aux fers, vexation bien inutile car au bout de dix minutes les hommes de la maréchaussée se présentaient à bord et l’emmenaient au fort Bouquin, qu’il avait quitté six ans auparavant ! Deux autres amnistiés, Girault et Trioreau, devaient, à leur tour, être séquestrés une heure plus tard, sous prétexte de folie.

Les démonstrations bruyantes ne servaient à rien ; ne pas perdre son sang-froid, et agir étaient les seules voies pratiques. Je pris place avec les autres sur la chaloupe à vapeur.


Allons, enfants de la patrie


commença à chevroter un ex-membre du Comité central qui brûlait de se faire le leader d’une petite manifestation républicaine.

Mais nul de nous ne fit chorus : vraiment, elle nous accueillait d’une façon bien peu propre à exciter l’enthousiasme, cette république pour laquelle on avait donné sa liberté et pour laquelle on eût donné son sang !