Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/242

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CHAPITRE XVI.


ÉVOLUTION.


Je passe sur les faits sans importance pour le lecteur : vente de mes derniers bibelots à un marchand de curiosités exotiques du nom de Lelièvre, — il y en avait bien pour quatre cents francs, il m’en donna un louis : c’est le commerce ! — retour et démarches à Paris, retrait de l’arrêté d’expulsion. Ces pages sont le récit de faits vécus et d’une évolution morale, non le journal d’une vie.

Gomer, l’un des déportés de Galarinou, propriétaire d’une masure à Charonne, nous rendit l’hospitalité que nous lui avions souvent offerte à Oubatche.

C’était dans un coin perdu, aujourd’hui presque décent, alors effroyable, le passage Papier, habité principalement par des chiffonniers. Au milieu de ce coupe-gorge, large d’un mètre à son entrée dans la rue de Terre-Neuve et de deux mètres au plus à son centre, roulait un ruisseau fangeux. Les maisons, hautes de dix pieds au plus, étaient du matin au soir, remplies du piaillement aigu des mômes affamés ou battus, des colères conjugales de fauves malpropres et de hoquètements d’ivrognes. Pour dire vrai, l’humanité n’y paraissait pas belle.

À qui la faute ? La misère et l’ignorance peuvent-elles donner autre chose ?

Bien des fois, je l’avoue, devant ces créatures, plus