Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/243

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près de la brute que de l’homme et n’ayant de celui-ci que la haineuse envie, — envie non de révolté mais d’impuissant sordide, — ricanant du chapeau haut de forme que je devais porter pour trouver un emploi, mais s’aplatissant devant le distributeur du bureau de bienfaisance, j’ai eu des mouvements de colère indignée et me suis demandé, comme un Thiers ou un Gallifet, si l’anéantissement de cette race serait un grand malheur.

Nourri de prose jacobine, porté à la synthèse bien plus qu’à l’analyse, enfiévré moins par les griseries théoriques que par le besoin d’activité pratique, jamais je n’avais raisonné à fond les causes du mal dont je voyais les effets.

Ce séjour en plein enfer social m’apprit à connaître un monde jusqu’alors entrevu seulement par échappées. La captation d’un héritage important par un oncle, défenseur de la famille et de la propriété, nous y retint deux ans et demi. Deux ans et demi ! je croyais bien ne pas sortir de ce tombeau, car enfin le moyen pour quelqu’un qui ne sait manier que la plume de trouver un travail rédempteur lorsqu’il est obligé de répondre : « J’habite passage Papier ! »

Je réussis, cependant, sur les indications de Rava, un ancien déporté, à trouver place dans une agence d’informations politiques et financières où, de sept heures du matin à onze heures du soir, avec une demi-heure pour le déjeuner et deux heures pour le dîner, je traduisais des journaux étrangers et polygraphiais à outrance. Cela me valait cent cinquante francs par mois, que je touchai avec quelque peine : le directeur de cette agence, M. Raqueni, est un homme d’opinions avancées qui a combattu à Mentana et prononce des discours sur