Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/249

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de son journal. Quelle ne fut pas ma stupeur, exilé à Londres en 1892, de lire des articles sensationnels de la Libre Parole, dans lesquels le successeur de Veuillot, bavant ses rengaines habituelles sur tout ce qui est obstacle à l’obscurantisme, me dépeignait avec des détails très imaginatifs, comme l’agent du milliardaire de la rue Laffitte ! L’attaque eût-elle été moins perfide et moins lâche, j’en eusse beaucoup ri : à coup sûr, le plus abasourdi a dû être Rothschild qui, abonné à une quinzaine d’agences grandes et petites, n’a jamais accordé à la mienne une attention particulière. D’ailleurs, bien loin de chercher à provoquer cette attention, j’évitai bientôt de faire circuler mon nom dans cette caverne de la finance car, dans l’intervalle, j’étais devenu anarchiste et mon richissime client n’eût pas tardé à se désabonner.

Cela arriva à la longue, à la fin de septembre 1889. Une conférence internationale avait réuni, à la salle du Commerce les compagnons de France et de l’étranger : diverses questions y furent agitées et j’abordai celle qui m’avait toujours paru la plus brûlante, la plus grave et malheureusement aussi la plus négligée : le rôle à tenir par les révolutionnaires en cas de guerre. Je conclus à l’absolue nécessité de descendre, ce jour-là, dans la rue pour, sous peine d’irrémédiable déchéance, ouvrir une situation révolutionnaire, en entraînant la masse contre la haute finance. Pris entre ma conscience et le péril que j’entrevoyais pour mes intérêts, je n’hésitai pas : je prononçai des noms.

Il y avait certainement dans la salle, la conférence étant publique, des mouchards déguisés, peut-être aussi, des agents de la maison Rothschild. Celle-ci se désa-