Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/252

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d’étiquette ou de personnel. En dépit de l’habileté de Granger et de l’érudition de Vaillant, ils n’eussent pu être que le bras, non la tête, de la révolution.

Le parti ouvrier n’était pas parfait non plus. Formé de groupes imbus, pour la plupart, du timide esprit coopérateur, il devait, malgré l’habileté de son leader, l’ex-anarchiste Brousse, manœuvrer avec quelque lourdeur, écrasant sous son modérantisme les éléments les plus avancés.

Si les chefs des divers partis socialistes, au lieu de se laisser tenter par l’impatiente convoitise du pouvoir au point de recourir à ce suffrage universel dont ils avaient tant de fois raillé l’impuissance, s’étaient contentés d’organiser leurs forces, prêts à saisir l’occasion aux cheveux, ils eussent évité la dislocation et les guerres intestines. En respectant le groupement, par tempérament, cette union, dont ils avaient plein la bouche, ne se fût pas irrévocablement brisée pour se transformer bientôt en haineuses compétitions électorales. Leur autoritarisme égoïste les perdit et éloigna d’eux une foule de convaincus pour en faire des socialistes indépendants ou des anarchistes.

Je ne tardai pas à être étonné du manque de sens révolutionnaire des chefs socialistes. À l’issue des assommades du Père-Lachaise, sous le préfectorat de Gragnon, ils s’étaient bornés à rédiger une protestation énergique vouant le ministère à « l’exécration de l’humanité. » Protester énergiquement semblait leur rôle éternel. Au moment du désastre tonkinois de Lang-Song, ils n’avaient pas su profiter du mouvement d’indignation qui porta vingt mille parisiens devant le Palais-Bourbon et fit choir le cabinet Ferry. Lors des ma-