Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/253

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nifestations républicaines d’octobre 1885, provoquées par l’arrivée à la Chambre de deux cents députés réactionnaires, ils ne donnèrent signe de vie.

Ce fut à cette dernière occasion que je pus constater la plasticité des foules, leur élan et aussi leur manque de solidité. Je déambulais, un soir, du neuvième arrondissement sur le boulevard des Italiens, lorsque je me trouvai soudain dans un cercle de manifestants chantant la Marseillaise et huant le Gaulois qui avait illuminé sa façade pour célébrer la victoire conservatrice.

Je pris ma bonne part de la démonstration qui se termina par des charges de police et une protestation, — l’inévitable protestation, — portée dans les bureaux du Cri du Peuple, où nous reçurent Séverine et Duc-Quercy. Ce fut ma première intrusion dans ce sanctuaire de la révolution sociale où je ne revins pas très souvent. Et cependant, l’aspect de sa souriante prêtresse n’avait rien que de très attirant : à la fin du second Empire, tous les collégiens étaient amoureux de mademoiselle Massin ; durant l’existence du Cri du Peuple, bien des cœurs de jeunes révolutionnaires brûlèrent in-petto pour la continuatrice de Vallès, qu’ils identifiaient un peu dans leurs rêves avec la déesse Liberté.

La manifestation se renouvela le jour suivant et, naturellement, je n’y manquai pas. Elle fut plus accentuée que la veille : la foule, exaspérée par l’attitude gouailleuse de ses ennemis, arracha d’une bâtisse en construction de la rue Drouot une grande pancarte vernissée du Gaulois.

— Brûlons-la ! m’écriai-je, obéissant à je ne sais quelle impulsion spontanée.

À peine avais-je poussé ce cri, l’affiche était déchirée