Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/26

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coucher avec votre mari, je les faisons pour aller coucher avec le mien et avec bien d’autres encore… ma bônne ! »

Ah oui ! le gouvernement de la plèbe ne vaudrait pas mieux — quoique tout différent — que celui de l’aristocratie. Le ciel nous préserve, ou plutôt préservons-nous nous-mêmes, des princes et surtout des princesses du Quatrième-État ! Mais si la plèbe est encore si abaissée, si abrupte, à qui la faute, sinon à ceux qui l’ont maintenue éternellement dans l’abjection ?

La mère La Fouine avait environ quarante ans, son fils quatre ou cinq et sa fille seize. Cette dernière, j’en frémis encore, se prit à ressentir quelque sympathie à mon endroit. Il n’est guère convenable de se vanter de ses bonnes fortunes, mais celle-ci avait si peu le caractère d’une bonne fortune que je crois pouvoir en parler sans être taxé de fatuité excessive. De temps en temps, la pauvre idiote interrompait sa chasse à la vermine pour se diriger de mon côté avec un sourire qu’elle s’efforçait de rendre aimable et qui me glaçait le sang dans les veines. Pauvre fille, que les autres passagers eussent rabrouée et qui me persécutait de sa tendresse parce que je ne voulais la brusquer ! Elle a dû faire, à l’arrivée, le bonheur de quelque forçat libéré, car les femmes étant rares à la Nouvelle, les moins séduisantes trouvaient des admirateurs. Si ma timidité m’a nui souventes fois, d’autre part, ma peur de blesser m’a infligé, au cours d’une vie mouvementée, quelques semblables bonnes fortunes que je me suis généralement efforcé de ne pas pousser jusqu’au bout.

Tels étaient, mâles et femelles, les personnages les plus caractéristiques du bord. Nous séjournâmes, dans