Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/262

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Les anciens groupes, uniquement adonnés à la propagande au jour le jour et grisés de subtilités oiseuses, n’ont jamais pris en mains ces questions. La révolution, survenant à l’improviste, les eût trouvés à cent pieds au dessous de leur tâche et la foule qui, pensant peu, sachant encore moins, aime les résolutions prêtes, fût allée infailliblement aux autoritaires : c’eût été gai ! Depuis, l’idée a conquis des recrues de valeur : c’est à celles-là, à ces troupes fraîches qui ne sont pas épuisées par les discussions stérilisantes, par la lutte et ses amertumes, que je m’adresse. Si elles ont à cœur l’émancipation de l’individu et de l’humanité, qu’elles se mettent de suite au travail, qu’elles laissent les dilettanti discuter sur l’amour libre, sur la bonté ou la méchanceté native de l’homme, et tiennent des solutions prêtes. Sous peine de mort, il en est temps !

Je me rappelle quelle fut notre amertume à Pouget et à moi, au sortir d’une réunion privée, tenue quelques soirs avant le 1er mai 1890.

C’était chez un de nos meilleurs camarades, un propagandiste énergique, à la parole charmeuse, qui serait parfait s’il consacrait aux questions d’urgence immédiate le quart du temps qu’il employait à formuler des syllogismes ou à pratiquer l’amour libre. J’espérais qu’il y aurait au moins l’ombre d’un débat sur la situation : ah bien ! oui ! on s’amusa à disserter sur la théorie de la spontanéité.

Ah Faure ! quand donc cesseras-tu d’être le Lovelace de l’anarchie pour en devenir le Danton.

Peut-être n’avons-nous pas assez insisté, par cette peur bête de passer pour autoritaires, mais non, nous sentions bien que nous détonions parmi les casuistes, et