Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/270

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raux, ils sont condamnés à demeurer longtemps un état-major sans armée.

Ayant constitué le groupe cosmopolite, nous nous efforçâmes de le ramifier en une Ligue cosmopolite et les correspondants de notre revue se mirent à l’œuvre pour créer des sections. M. Déroulède, apôtre des haines nationales, avait fondé sa « Ligue des patriotes » ; nous organisions le mouvement opposé, tout en évitant un titre comme celui d’anti-patriote plus propre à choquer les susceptibilités populaires qu’à nous amener des adeptes. Nous n’étions pas encore arrivés à l’anarchie, bien que sur la pente qui y mène, et la principale différence entre nous et les compagnons était que ceux-ci ne voyaient guère que l’idée pure ou des faits minimes en eux-mêmes, qui nous passionnaient peu, déménagements à la cloche de bois, expropriations individuelles, tandis que nous rêvions prise d’armes, mouvements d’ensemble, insurrections générales.

Malgré nos appels très sincères à l’union, nous nous étions brouillés avec la rédaction autoritaire du Cri du Peuple qui nous considérait comme d’abominables anarchistes ; nous nous-mêmes étions en froid avec la Révolte, pour qui nous étions de pseudo-blanquistes, trop peu respectueux de la spontanéité des foules. Et cependant, si nous avons des reproches à nous adresser, c’est d’avoir, par une exagération de scrupules libertaires, aliéné plusieurs fois notre initiative pour ne pas froisser de braves gens dont le propre était d’en manquer absolument et de ne vivre que dans les subjectivités. La Révolte, créée par un savant de premier ordre, aussi large de cœur que d’esprit, Kropotkine, demeurera comme un impérissable monument philosophique ; elle a proclamé dans leur