Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/271

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intégralité les idées les plus élevées, le vrai but social : elle n’a pas été, elle ne pouvait être, un journal d’action, entraînant les prolétaires à la lutte, leur montrant les solutions pratiques. Notre tort à tous, aux militants anarchistes comme aux rédacteurs mêmes de ce journal d’une honnêteté impeccable, a été de confondre une feuille de haute philosophie avec un organe de lutte pratique, l’Encyclopédie avec l’Ami du Peuple et le Père Duchesne.

Grave, le gérant de la Révolte, avec qui je me suis trouvé en lutte aussi mordante que désintéressée, jusqu’à ce que la prison commune nous réconciliât, — ce qui s’est fait de grand cœur de part et d’autre, — est un digne caractère.

Il appartenait à l’une des professions manuelles, où le travailleur peut le mieux se reconquérir et penser, l’une de celles qui fournit le plus d’anarchistes, la cordonnerie. Effroyablement logicien, tenace comme un rocher de l’Auvergne, son pays, studieux acharné, principalement des choses abstraites, il était tout marqué pour la gérance du journal de Kropotkine et d’Élisée Reclus ; il est devenu lui-même écrivain et impitoyable critique des sociologues bourgeois. M. Molinari n’a pas le dernier mot avec lui.

La petite phalange de la Révolte représentait dans le groupement anarchiste, le noyau immaculé, silencieux, et il faut le dire sectaire, à la fois intransigeant en théorie et endormi en action. Elle lira ces lignes : qu’elle ne s’y trompe pas, qu’elle n’y voie pas une récrimination mais une critique amicale ; mieux ne vaut-il pas s’inspecter à la veille de la bataille que s’injurier après la défaite ?