Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/282

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cierge m’a pris pour M. Jules Mary, je sautai dans un wagon de troisième, emportant pour tout bagage une canne. Quelques jours après, comme je finissais de laver mon linge dans ma cuvette, après une véritable soûlerie d’eau claire, j’appris que le couple Dumont-Mourot me dénonçait comme l’agent de Rothschild. Infâme patron ! pourquoi m’as-tu payé si mal ?

Une rue du quartier français a conquis la célébrité : c’est Charlotte Street et, dans cette rue, une maison a droit aux honneurs de l’histoire : c’est celle de Victor Richard, fidèle ami de Vallès et de Séverine, le plus jovial, le plus souriant des épiciers. Oui, épicier, mais il l’est si peu ! tous les réfugiés y viennent, car cet épicurien professe sans sectarisme, des opinions cramoisies ; j’y vins aussi.

— M. Richard est il là ? demandai-je au flegmatique René, son employé de confiance.

René m’examine avec une nuance de soupçon : de fait, s’il vient des proscrits dans la boutique, il y vient aussi des mouchards, français naturellement. Le principal de ceux-ci est l’inspecteur Houillier qui vole généralement au correspondant du Figaro le nom de Johnson et demande l’adresse des fugitifs pour leur rendre service.

Il paraît que je n’ai pas l’air d’un policier, car c’est sans arrière-pensée que René me répond :

— Il est encore couché — le sybarite ! — mais si vous voulez attendre une petite demi-heure…

Je me risque à demander l’adresse de Louise Michel. Les soupçons reviennent : René me regarde comme si je voulais forcer la caisse. Je me nomme, il se trouve que je ne lui suis pas inconnu : la glace est rompue ;