Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/283

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nous échangeons une poignée de main et je vole à Huntley Street embrasser ma vieille amie.

Pénétrer dans son home n’est pas facile : les concierges ont beau ne pas exister à Londres, ce qui ferait trouver l’exil moins maussade, Louise Michel est en quelque sorte gardée à vue par une voisine anglaise laide et méchante dont le mari exerce le noble métier de recruteur. Chaque visiteur a maille à partir avec cette mégère.

C’est bien la Louise Michel de Nouméa et des réunions publiques que je revois, toujours enthousiaste, vaillante en dépit des années, de la prison, de l’exil, la prophétesse anarchiste vivant en plein dans son idéal. Menacée du cabanon par des bourgeois qui considèrent toute noble exaltation comme folie, elle était venue s’installer à Londres, attendant, pour rentrer en France, l’heure révolutionnaire.

Depuis plusieurs années, Londres possédait un proscrit, redoutable à ses proscripteurs et qui, pendant un quart de siècle a, sans compter, abattu les maîtres du pouvoir, frayant la voie à l’anarchie, lui qui n’est pas anarchiste. Maniant la verve comme une épée, il a toujours porté des coups mortels : il a été le rire de Paris comme Voltaire avait été l’esprit de la France. Malgré d’assez sérieuses brouilles, les partis politiques avancés, ont été, chaque fois, heureux de le revoir avec eux, car il était à lui seul toute l’opposition. J’oubliais de dire son nom, mais le lecteur l’a depuis longtemps reconnu : c’est Rochefort.

Ce Parisien exilé du boulevard a trouvé dans l’immense fourmilière londonienne un coin qui rappelle le parc Monceau. C’est sur un hôtel de Clarence Terrace à