Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/291

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jours aussi haut en couleur, protégeant de sa présence la tourbe inquiète des panamistes et des pots-de-viniers.

Quelques mois après, la Belgique sembla à deux doigts de la révolution : Malatesta, le compagnon Delorme et moi y courûmes, pensant qu’il y aurait peut-être autre chose en jeu que le suffrage universel. J’en puis parler sans vantardise, car nous n’y fîmes absolument rien. Les anarchistes locaux, isolés de la masse, n’avaient aucun moyen d’action. Excellents camarades, affinés de pensée, quelques-uns pleins de résolution, ils se trouvaient, cependant, perdus sans armes, sans plans, sans alliés, dans ce mouvement tumultueux de tout un peuple qui ne les connaissait pas. Dans les bois du centre, où nous nous étions rendus pour joindre une colonne de grévistes qui devait, disait-on, marcher sur Bruxelles et qui ne se montra même pas, nous nous trouvâmes tout juste une dizaine avec deux revolvers. C’était trop peu pour venir à bout des troupes royales ; nous n’avions plus qu’à rentrer honnêtement à Bruxelles par le chemin de fer et aller boire du faro. Ainsi fîmes-nous, après nous être ravitaillés de pain d’épices, seul comestible trouvé par Malatesta qui, guérillero expérimenté, s’était délégué aux approvisionnements. Ce qu’il était dur, le pain d’épices ! Delorme faillit y laisser sa mâchoire.

Le grand coupable fut le parti ouvrier, dont la pusillanimité entrava toute sérieuse action révolutionnaire. Reprenant dans son journal, Le Peuple, l’éternelle rengaine des agents provocateurs, il invitait les manifestants à se défier de gendarmes déguisés se glissant dans leurs rangs. On avait donc l’agréable perspective d’être fusillé par la troupe ou assommé par les travailleurs, qui