Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/292

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se montraient d’une défiance et d’un particularisme inouïs. Lorsque la comédie du vote plural fut adoptée par le parlement, les quatrième-étatistes, ralliés aux bourgeois radicaux, crièrent victoire et pacification. Ils avaient hâte d’en finir.

À notre retour dans Bruxelles, nous trouvâmes Cipriani, arrivé le matin même : nous l’avions déjà vu à Londres un mois auparavant.

Figure étrange, car elle appartient bien plus à l’époque déjà lointaine de l’épopée garibaldienne, qu’à notre temps de raisonneurs sceptiques ! Le profil est énergique et fin, la taille haute, l’allure générale altière. Cipriani est un des rares militants de la génération passée qui ne soient pas fatigués. Pendant sa déportation, il vivait fort stoïquement, se faisait un point d’honneur de n’accepter rien, même de ses amis. À son retour, il fut expulsé de France, pour avoir défendu Louise Michel contre des argousins, puis, arrêté en Italie, y subit huit années de bagne, les juges, aussi honnêtes dans la péninsule que partout ailleurs, exhumant une affaire d’Égypte, vieille d’une quinzaine d’années, dans laquelle, Cipriani, attaqué, avait tué son agresseur.

L’amitié me ferait commettre un mensonge, si je disais que Cipriani a épousé la doctrine anarchiste. Qu’il le veuille ou non, il est de tempérament dictatorial : mais son feu révolutionnaire n’est pas éteint et, si certains actes individuels le déconcertent, les premiers qui marcheront au combat général, anarchistes ou socialistes, le verront de leur côté.

Ce fut, si mes souvenirs sont exacts, peu avant cette expédition pacifique que je vis chez Leudet, M. Jules Huret, alors en tournée pour son enquête sur l’évolu-