Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/46

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son père, avec lequel il s’éloigne aussitôt, tout joyeux. — « Tiens ! c’est toi, vieux ? » exclame un autre. Et deux amis, qui se retrouvent, se serrent la main. D’autres, qui attendaient quelque cher absent, nous dévisagent en silence, puis, déçus, se retirent tristement, sans mot dire.

Notre troupe s’égrène : quelques-uns ont retrouvé les leurs et, dans leur satisfaction égoïste, nous abandonnent.

Des habitants, peu nombreux, car ils sont pauvres et, à la longue, le sentiment de solidarité s’émousse, offrent l’hospitalité aux arrivants. Tant bien que mal, on se débrouille, on se case : deux ou trois seulement, qui nous avaient quitté pour aller à l’aventure, durent passer la nuit dans les bâtiments de l’école sur les bancs et les tables.

Le criminel qui nous offrit sa case et son lit de camp, allant lui-même partager celui d’un camarade, s’appelait Kahil et avait des manières fort avenantes. Nous apprîmes non sans surprise, deux ou trois jours après, qu’il passait pour légèrement suspect aux yeux de méfiants : son crime était de tenir les livres, l’administration délivrant les vivres aux déportés. Parmi ces proscrits républicains, imbus de la tradition jacobine, on était fort soupçonneux ; nous-mêmes, parfois, donnions dans ce travers. Ainsi, pendant nos huit jours passés au chef-lieu, ayant effectué une promenade un peu éloignée vers la mer, nous nous étions crus suivis pas à pas, par un mouchard : ce mouchard n’était autre qu’un débonnaire commerçant du Diahot de passage à Nouméa. Kahil se montra toujours aussi discret qu’obligeant envers nous. Du reste, nous n’entendions pas demeurer à sa