Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/53

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octroyé son cœur, sa main et ses dépendances à Samuel brave canaque à l’intelligence bornée, qui se distinguait de ses sujets en portant une paire de souliers. La chaussure est un des bienfaits de la civilisation auxquels s’accoutumeront le plus difficilement les indigènes. Les grands chefs qui, par amour de la fashion européenne, se soumettent à la torture du brodequin, perdent peu à peu leur qualité d’excellents marcheurs ; leur pied qui jadis défiait la morsure des rocs et des épines, devient sensible, en même temps que le soulier, auquel ils ne sont pas accoutumés, alourdit leur marche.

Nous eûmes le loisir d’étudier les hommes et les choses de l’île des Pins pendant à peu près un mois. Nous y connûmes intimement les Arabes, déportés parce qu’on leur avait volé leurs terres, leurs troupeaux, leurs femmes, parce que les spéculateurs algériens convoitaient leurs biens et que les officiers avaient besoin d’une campagne pour de l’avancement. Leur grand chef, Mokrani, parlait fort bien le français, voire même le parisien ; il descendait par les femmes, nous assura-t-on sérieusement, de l’aristocratique famille des Montmorency et son nom arabe n’était qu’une corruption du nom français. En tout cas, il possédait, ainsi que bien d’autres de ses compatriotes, les caractères physiques de race qu’on cherche en vain chez les descendants alourdis de nos seigneurs ; dents blanches, finesse des attaches, doigts fuselés aux ongles roses à faire crever de dépit toutes les duchesses du noble faubourg.

Aziz-ben-Scheick-el-Hadded était un chef religieux, fort aimable avec nous, — on devint bientôt amis intimes, — et qui, dans l’insurrection arabe, n’avait pas donné sa part aux chiens. Jovial et tolérant en matière