Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/64

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de mes vieux classiques, les excursions dans la forêt, d’où je rapportais de grands papillons aux ailes d’azur, lorsque, un soir, arriva de la presqu’île Kuto l’ordre de nous préparer à partir, le lendemain, pour Nouméa.

Nous nous regardâmes tous trois stupéfaits, n’ayant jamais rien demandé de semblable. Comment ! à peine avions-nous eu le temps de savourer les douceurs du propriétarisme rural et déjà il fallait nous y arracher ! Mon père qui se remémorait sans doute le vers virgilien :

O fortunatos nimium sua si bona norint agricola !

eut un mouvement de refus très catégorique qui fit hausser les épaules à tous nos camarades :

— « Ah ça, nous dirent amicalement ceux-ci, vous êtes donc les derniers des crétins ! Comment vous bénéficiez d’une mesure que d’autres ont sollicitée depuis deux ans et que vous n’aurez même pas eu la peine de demander, et vous iriez bêtement la refuser, préférant vous enterrer ici, loin de toute activité, de tous débouchés. Il n’est pas permis d’être stupides à ce point-là ! »

Ces conseils persuasifs firent leur effet. Parler à mon père d’activité, de mouvement, d’affaires, c’était faire vibrer en lui une corde sensible. Le lendemain, ayant chargé un ami de réaliser en temps opportun notre paillotte, notre jardin, nos poules, nous quittions l’île des Pins pour Nouméa à bord du vapeur « La Dépêche. »