Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/74

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Le beau sexe était rare sur la place de Nouméa et des vieilles de soixante ans trouvaient encore amateurs.

Le dimanche matin, il est vrai, nous jouissions d’un coup d’œil assez amusant. Fumant notre cigarette sous la vérandah pendant les moments de loisir, assez fréquents ce jour-là, nous voyions défiler devant nous, se rendant à l’église, tout l’élément féminin de la société nouméenne. Elles marchaient, ces pieuses dames et ces gentes demoiselles, raides comme si elles eussent avalé un paratonnerre, du reste impitoyablement coquettes et rivées, à un nœud près, aux modes de Paris, avec seulement six mois de retard. Et comme elles se sentaient dévisagées, même lorsque les stores de la vérandah étaient baissés ! Aussi se redressaient-elles encore davantage, marchant de la pointe des pieds avec une indifférence affectée. — Tiens ! disions-nous, les demoiselles Cheval. — Attention ! voici la tribu des Bataille, la mère et les filles, qui s’avance… comme dans la Belle-Hélène. — Madame G***, heureuse femme ! pauvre mari !

L’homme propose et les événements disposent ; j’attendais de jour en jour l’avis officiel de mon départ pour Oubatche, lorsqu’une insurrection des indigènes de Ti-Pindjié vint tout modifier.

Entre Hienghène et Touho, sur le littoral nord-est, s’étendaient les possessions du grand chef Poindi-Patchili : au sud de Touho, est la mission de Wagap, qui avait pour titulaire, le père Roussel. Ce point de l’île est rocheux, escarpé, bordé, néanmoins, d’une immense forêt de cocotiers, avec des torrents qui se précipitent de la chaîne de montagnes parallèle à la côte. De nombreux villages indigènes, occupant le territoire compris entre la demeure du mariste et Ti-Pindjié, résidence de