Page:Malato - Philosophie de l'Anarchie, Stock, 1897.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


peuples, n’ont fait que fausser l’esprit, couper les ailes à l’inspiration, rapetisser tout à leur goût personnel.

L’art grec n’avait pas attendu Périclès. Quelle différence entre les œuvres d’Eschyle et celles des poéticules de l’époque démétrienne et de la domination romaine, entre les Philippiques de Démosthènes et les harangues des rhéteurs enseignant à prix d’or l’éloquence selon les règles ! À l’Agora, on parle une autre langue : tout est subtilisé, quintessencié, maniéré ; on sent que la liberté n’enflamme plus les cœurs des petits-fils de Thrasybule.

Partout où règne la servitude, l’inspiration fait défaut, le génie se tarit. Les meilleures odes d’Horace, ne sont pas celles où il célèbre Auguste et Mécène [1] ; l’Énéide, monument de flagornerie élevé à la gloire de la maison de César, ne vaut pas les Géor-

  1. Sauf une, l’ode « Justum ac tenacem… » où, après avoir célébré avec beaucoup d’élan l’homme qui ne fléchit devant aucun maître, il place modestement Auguste au rang des dieux.