Page:Mallarmé - Œuvres complètes, 1951.djvu/1020

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CHAPITRE II

Vieux Mots.

A quelque point de vue que se mette le linguiste français, et il s’enorgueillit plus de voir les mots de sa propre langue conquérir une place désormais indiscutable, dans l’Anglais, qu’il ne se chagrine de mainte détérioration par eux subie en cela; ou le contraire : une satisfaction presque exempte de mélange l’attend, au point où on en est de cette étude. Beaucoup de vieux et bons vocables, à jamais perdus ou si lointains que le parler actuel en ignore ici jusqu’au sens, se survivent dans l’idiome voisin : intacts, non; mais conservés à la faveur de Lois ou même déformés au gré de caprices entrevus tout à l’heure, ils sont d’aspect plus entier par le seul fait que la forme ne s’en étant point successivement modifiée chez nous pendant l’évolution de la langue, c’est souvent sans aucun point de comparaison demandé à notre parler moderne que nous y jetons les yeux. Pas toujours, cependant : et la distinction à faire entre ceux-là qui sont morts en France, et d’autres qui ont continué à y survivre, commandera l’ordonnance de la Table qui vient. Trouvaille comme de titres anciens et oblitérés à restituer à des vivants, ici; et là, évocation entière de types, morts pour leur idiome originel mais qui n’ont point disparu autre part (or, du langage seul, entre tous les éléments naturels ou sociaux qu’analyse la Science, pouvait résulter le second de ces actes). Mille motifs de savoir l’Anglais, couramment pour sa littérature et ses dons d’ubiquité, ou méthodiquement pour notre part à revendiquer très haut dans sa formation (comme le fait ici chaque page) : mais il n’en est point de plus cher que d’y reconnaître les mots français de jadis, si l’on a le patriotisme spécial du lettré à qui incombe le trésor passé et contemporain de sa langue. Quelques faits. Tels mots que, par un genre durant depuis tantôt un siècle et non sans quelque flair très singulier, nous nous plaisons à emprunter, parce qu’ils sont marqués d’un cachet profondément britannique : ayant trait à l’existence mondaine, comme fashion, qui n’est que façon; comfort, qui n’est que confort ou dandy, qui n’est que dandin; à l’officielle, comme toast, qui n’est que toster (vieux), goûter; et aux voyages, comme ticket, qui n’est qu’estiquette ou à l’édilité, square, qui n’est qu’esquare, etc., etc., ne font (ô surprise) que revenir à notre langage par eux quitté jadis. Ces derniers, enfin, que nous n’empruntons pas, aunt, tante, quaint, bizarre, surf, le ressac, fun, drôle, etc., anglais