Page:Mallarmé - Œuvres complètes, 1951.djvu/1569

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Autrefois, en marge d’un Baudelaire : « Muse de l’impuissance, qui taris le rythme et me forces de relire; ennemie avec des breuvages, je te rends l’ivresse qui vient d’autrui. « Un paysage hante intense comme l’opium; là-haut et à l’horizon, la nue livide, avec une trouée bleue de la Prière — pour végétation, souffrent des arbres dont l’écorce douloureuse enchevêtre des nerfs dénudés, leur croissance visible s’accompagne malgré l’air immobile, d’une plainte de violon qui, à l’extrémité frissonne en feuilles ; leur ombre étale de taciturnes miroirs en des plates-bandes d’absent jardin, au granit noir du bord enchâssant l’oubli, avec tout le futur. Les bouquets à terre, alentour, quelques plumes d’aile déchues. Le jour, selon un rayon, puis d’autres, perd l’ennui, ils flamboient, une incompréhensible pourpre coule - du fard ? du sang ? Étrange le coucher de soleil ! Ou ce torrent de larmes illuminées par le feu de bengale de l’artificier Satan qui se meut derrière ? La nuit ne prolonge que le crime, le remords et la Mort. Alors se voiler la face de sanglots moins par ce cauchemar que dans le sinistre bris de tout exil; qu’est-ce le Ciel ? » C’est, assez étrangement, le seul témoignage que Mallarmé ait laissé dans son œuvre, avec le sonnet : le Tombeau de Baudelaire, de son admiration pour l’auteur des Fleurs du Mal, dont les débuts de son œuvre poétique révèlent encore si nettement, même après des modifications, l’influence. En 1892, ayant à célébrer Théodore de Banville, peu après sa mort et à l’occasion de l’inauguration de son monument au jardin du Luxembourg, Mallarmé reprit la partie qui lui était ici consacrée, non sans y apporter quelques retouches et l’encadrcr comme on le verra plus loin, page 1588. POËMES EN PROSE (Tournon, 1864. — Paris, 1885-1887.) Dans de nombreuses bibliographies, les deux premiers poëmes en prose publiés par Stéphane Mallarmé ont été indiqués comme étant la Pipe et Fusain et ayant paru dans la Saison de Vichy du 15 juillet 1865, alors que ce furent l'Orgue de Barbarie et la Tête (ce dernier intitulé par la suite : Fusain, puis Pauvre enfant pâle} dans la Semaine de Cusset et de Vichy du 2 juillet 1864. Fa Semaine de Cusset et de Vichy, journal politique, littéraire, agricole et judiciaire fondé en 1830, publiait chaque année durant la saison une chronique locale qui, en 1864, fut confiée à Albert Glatigny. Il y fit paraître, cette année-là, depuis le 14 mai jusqu’au 13 août, quelque poëme, article ou chronique dans chaque numéro : un bon nombre des chroniques avaient trait à l’Établissement Thermal : sept étaient des chroniques théâtrales.