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EN FAMILLE.

Comme elle essayait d’agrandir l’ouverture du papier, elle donna maladroitement un coup de coude contre une vitre, assez fort pour que la fenêtre mal ajustée dans son cadre résonnât avec des vibrations qui se prolongèrent. Non seulement personne ne s’éveilla, comme elle le craignait, mais encore il ne parut pas que ce bruit insolite eût troublé une seule des dormeuses.

Alors son parti fut pris. Tout doucement elle décrocha ses vêtements, les passa lentement, sans bruit, et prenant ses souliers à la main, les pieds nus elle se dirigea vers la porte, dont l’aube lui indiquait la direction. Fermée simplement par une clenche, cette porte s’ouvrit silencieusement et Perrine se trouva sur le palier, sans que personne se fût aperçu de sa sortie. Alors elle s’assit sur la première marche de l’escalier et, s’étant chaussée, descendit.

Ah ! le bon air ! la délicieuse fraîcheur ! jamais elle n’avait respiré avec pareille béatitude ; et par la petite cour elle allait la bouche ouverte, les narines palpitantes, battant des bras, secouant la tête : le bruit de ses pas éveilla un chien du voisinage qui se mit à aboyer, et aussitôt d’autres chiens lui répondirent furieux.

Mais que lui importait : elle n’était plus la vagabonde contre laquelle les chiens avaient toutes les libertés, et puisqu’il lui plaisait de quitter son lit, elle en avait bien le droit sans doute, — un droit payé de son argent.

Comme la cour était trop petite pour son besoin de mouvement, elle sortit dans la rue par la barrière ouverte, et se mit à marcher au hasard, droit devant elle, sans se demander où elle allait. L’ombre de la nuit emplissait encore le