Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/19

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Que diable vient-il faire chez moi, cet homme célèbre ? C’est la première fois que je le vois ici, et nul ne me l’a encore présenté. Mais Landry s’approche, suivi de son compagnon. S’inclinant devant moi, le banquier dit, exagérant la gracieuseté un peu simiesque de son visage grimaçant :

— Permettez-moi, chère Nicole, de vous faire connaître mon ami Léon Brochard, avec qui j’eus l’honneur de rater mes versions latines et de jouer des tours aux pions, sur les bancs d’un vieux collège de province qui n’existe plus aujourd’hui…

Tiens ! Brochard est un ancien condisciple de Colin. Ça ne m’explique pas sa visite, quand même : est-il là par simple curiosité, comme on parcourt en passant une exposition gratuite ? Je réponds machinalement :

— Soyez le bienvenu, monsieur. Les amis de Landry sont les miens.

— Alors, je remercie Colin d’être mon ami, madame.

Je jette un coup d’œil fuyant sur Léon Brochard, sa voix est infiniment plaisante ; douce, légère, bien timbrée, elle coule avec un bruit clair, frais, tout pimpant ; l’organe paraît jeune.