Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/32

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volupté paresseuse à l’idée des draps frais, des oreillers moelleux qui m’attendent : il est quatre heures du matin, la soirée a fini relativement tôt, mais, néanmoins, je suis fatiguée.

Au fond de la pièce éclairée en veilleuse, une ombre indécise et mouvante, un léger bruissement… Je tourne le commutateur. Paul Bernard se lève d’un fauteuil, les yeux un peu bouffis, comme s’il avait sommeillé là. Je dis, surprise :

— Comment, tu dormais ici ?

— Je m’y suis réfugié, plutôt. Tes invités m’assommaient, ce soir. Pourquoi ? Parce que je t’ai trouvée particulièrement jolie, tout à coup, au milieu du dîner. J’aurais voulu te prendre, t’emporter telle que tu étais, ç’a été une sensation irrésistible… alors, ces gens qui m’empêchaient de suivre mon impulsion m’ont paru très bêtes, j’avais envie de leur demander ce qu’ils faisaient chez toi, ces idiots… Et je me suis sauvé, pour n’avoir plus la tentation de leur jeter des assiettes à la tête…

— Tu n’es pas honteux, Paul, de m’aimer autant que cela, après cinq ans de faux ménage ?